Cette pratique s’inspire du stoïcisme de Marc Aurèle et d’Épictète, ainsi que du taoïsme de Zhuangzi, qui invitent à ne pas donner au blâme ni à l’éloge le pouvoir de diriger sa conduite.
Peur du regard des autres : une pratique quotidienne
Choisis une situation précise où tu te retiens.
Prends un moment récent et ordinaire : un message que tu n’as pas envoyé, une remarque que tu as gardée pour toi, une tenue abandonnée. Écris la situation en une phrase, sans chercher à l’expliquer. Une scène précise est plus utile qu’une impression vague, car elle te permet de voir ce qui s’est réellement passé.
Décris le public imaginaire pendant deux minutes.
Note qui semblait te regarder ou te juger : une collègue, des inconnus, ta famille, une personne du passé. Puis écris ce que tu imagines qu’ils pensent. Il arrive que ce public soit composé de personnes absentes, ou que tu attribues à tous une même opinion sans aucun signe concret.
Sépare les faits de l’histoire que ton esprit ajoute.
Fais deux colonnes. Dans la première, place les faits observables, par exemple un silence après ta phrase ou un regard rapide. Dans l’autre, place l’interprétation, comme l’idée que tu as paru ridicule. Épictète invite à examiner le jugement posé sur un événement, car c’est souvent là que la souffrance s’amplifie.
Demande-toi à qui appartient cet avis.
Si quelqu’un a vraiment une opinion, elle appartient à cette personne, avec son humeur, son histoire et ses critères. Si l’avis est seulement imaginé, il appartient à une hypothèse. Dans les deux cas, tu peux l’entendre sans lui confier la direction de ta journée. Ton choix, lui, reste de ton ressort.
Formule ton propre jugement en une phrase.
Écris ce que tu penses de l’action envisagée, indépendamment de l’approbation attendue. Tu peux écrire : cette idée est utile, cette tenue me convient, ce refus est honnête. Marc Aurèle remarquait combien il est étrange de privilégier l’avis extérieur au sien. Ton jugement demande de l’attention, pas une certitude parfaite.
Fais aujourd’hui un petit geste sans demander d’approbation.
Choisis une action modeste, réaliste et un peu exposée : proposer une idée, porter ce que tu avais choisi, répondre simplement sans trop te justifier. Ne commence pas par ce qui te terrifie le plus. Le but est de t’exercer à agir selon une raison à toi, même quand l’envie d’être validé apparaît.
Le soir, relis le geste sans te donner de note.
Consacre trois minutes à répondre à deux questions : qu’ai-je fait malgré l’envie de plaire, et qu’ai-je appris sur le public que j’imaginais ? Ne mesure pas la valeur du geste à la réaction reçue. Zhuangzi propose une disponibilité égale face à l’éloge et au blâme, qui passent l’un comme l’autre.